Exergue

Lors d’une grande rétrospective Picasso au cours des années cinquante, ma dernière fille très jeune, encore enfant, nous tirait désespérément vers la sortie. Elle était horrifiée, terrorisée, elle voulait fuir. Vingt ans plus tard, son propre fils à dix-huit mois, courait à quatre pattes dans le Musée Picasso et parlait joyeusement aux portraits accrochés aux murs, au grand étonnement des visiteurs.
Deux de mes petites filles folles de bonheur ont dansé spontanément devant des toiles de Bazaine et de Tal Coat. Elles avaient huit et neuf ans.

Il faut donner a voir, proposer, longtemps. Peu à peu l’œil accumule les impressions, compare. On devient sensible. On acquiert un certain discernement, jamais le droit de juger. Il n’y a pas de critère comme il n’y a pas de méthode. Mais peu à peu on sait bien ce qui passe la rampe, ce qui touche, ce qui donne à voir l’invisible, ce qui est sincère et ce qui ne l’est pas. La qualité, le métier, l’imagination, le vrai, parlent d’eux-mêmes et n’ont besoin de personne pour les défendre. Une œuvre se défend seule, elle sait parler aux autres. Mais il faut rester actif et vigilant pour la voir.

La mode, le snobisme n’ont pas droit de cité sinon c’est la décadence.
Allez dans les musées, dans les ateliers, dans les galeries.
Regardez vraiment, les gens, la nature, regardez en vous-même.

Suzanne Cattan
9 août 1998

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